Diocèse de Versailles – Synthèse des lettres des catéchumènes adultes – Appel décisif 2026
Ce document a été rédigé à la demande de Mgr Crepy. Il permet de rendre compte de la diversité des parcours des catéchumènes qui deviendront chrétiens à la prochaine Vigile pascale. L’anonymat des citations a été respecté.
« Le Seigneur est ma lumière et mon salut » Ps 26, 1
Près de 450 catéchumènes adultes ont écrit une lettre à Mgr Crepy avant de faire résonner lors des célébrations de l’appel décisif dans la cathédrale St Louis le 22 février 2026 leur « Me voici » à l’appel de leurs prénoms et de procéder à l’inscription de leurs noms, confirmant leur désir de devenir chrétiens lors de la prochaine Vigile pascale.
Cette lettre adressée à l’évêque est importante car elle garantit la liberté de leur démarche. Elle leur permet aussi de relire en vérité leur itinéraire de foi en pointant comment Dieu a eu l’initiative de les appeler à tisser cette Alliance avec Lui. La plupart des lettres sont manuscrites, peu sont tapées, leur longueur varie, l’orthographe est plutôt respectée. Un soin particulier a souvent été apporté dans leur rédaction.
Ce qui frappe à leur lecture, c’est qu’on y perçoit les battements plus ou moins sourds, plus ou moins rapides du cœur d’une humanité qui a soif, mais qui se mettent progressivement au rythme de l’Esprit. Celui-ci œuvre avec délicatesse à favoriser la rencontre de chacun avec le Christ et à se mettre à sa suite. Beaucoup de catéchumènes prennent conscience que leur histoire personnelle est sacrée quand ils la relisent, éclairés par la lumière du Christ qui vient les relever alors qu’ils peuvent être éprouvés par des vies ô combien difficiles. Ils acquièrent ainsi souvent d’eux même l’intime conviction que le Christ est venu les sauver, même si le chemin est, et sera encore, parsemé d’embûches. Si un certain nombre affirme qu’ils ont senti dès l’enfance la proximité de Dieu sans forcément parvenir à le nommer, il est à noter dans les dossiers de 2026 deux autres tendances de fond :
- D’abord un lien fort avec la Parole de Dieu, de façon générale ou plus précise car il leur arrive de citer des versets ou des pages d’évangile qui les ont touchés (par exemple la brebis égarée, le lavement des pieds, la Passion du Christ, le Livre de Job, les Noces de Cana)
- Puis une grande reconnaissance vis-à-vis de la communauté qui a su les accueillir et les accompagner avec bienveillance.
La très grande majorité des catéchumènes parle explicitement de Dieu, du Christ, qu’ils peuvent appeler d’ailleurs l’un et l’autre Seigneur. L’Esprit Saint dont on observe l’action en toile de fond est (curieusement) beaucoup moins cité. L’évocation d’un Dieu trinitaire est rare et certains, environ une dizaine, ne citent aucune personne de la Trinité…La figure de Marie est parfois mentionnée (une vingtaine de fois).
Alors que certains affirment avoir découvert Dieu par hasard » ou qu’« il ne s’est rien passé de particulier », c’est très souvent une succession d’évènements, heureux ou malheureux, marquant les étapes de leur vie, qui met en route les personnes vers les sacrements d’initiation chrétienne et qui par-là, révèle en eux une recherche profonde de sens et de paix. « J’ai senti en moi une soif d’absolu, une envie d’aimer davantage et de comprendre le but de ma vie » peut-on lire, ou encore un catéchumène « a ressenti un manque de lumière solide pour guider sa vie ». Sans forcément arriver à mettre des mots à ce moment-là, ils s’aperçoivent ensuite qu’ils étaient animés par un feu intérieur et par cette certitude que Dieu était déjà présent à leurs côtés.
Une rencontre ou un évènement peut toutefois être davantage mis en relief et servir de déclencheur à ce désir de devenir chrétiens. Il est frappant de constater combien tout ce qui relève de la relation prend largement sa part, manifestant ainsi toute la beauté du mystère de l’incarnation de la foi catholique.
Cela peut donc passer par une rencontre décisive avec une copine baptisée, un paroissien, des amis ou des colocataires les invitant spontanément à aller à la messe avec eux, avec un conjoint catholique ou catéchumène, un collègue de travail, un aumônier d’hôpital lors d’une hospitalisation, une interpellation par un vicaire à la sortie d’une messe « « votre fille c’est bien mais qui l’accompagnera ? », ou lors d’une conversation avec une religieuse pendant un séjour dans une abbaye pour réviser un concours : « Cette sœur m’a parlé de la miséricorde de Dieu, infinie, disproportionnée, avec une fraicheur et une douceur qui m’ont relevée. Ses mots ont rouvert un passage que je croyais définitivement fermé, je crois qu’ils m’ont sauvée. C’est à partir de là que le baptême est devenu pour moi non seulement envisageable mais aussi nécessaire, enthousiasmant et profondément joyeux : je pouvais enfin aller au bout de cet élan ancien que je n’avais jamais osé confier, me rapprocher de Dieu et commencer une vie nouvelle. »
Ces rencontres décisives se font dans des lieux variés déjà cités précédemment mais aussi dans une prison, à l’étranger (une communauté chrétienne en Inde) ou en Blablacar. Le témoignage de ces personnes, proches ou non, marque parfois des années après : par exemple un des catéchumènes se souvient d’avoir connu pendant l’enfance une famille témoignant de l’amour et de la force du Seigneur, une autre a eu le sentiment de vivre par procuration le parcours alpha vécu par une jeune baptisée enthousiaste, un autre fait mémoire du témoignage de son père. Plusieurs évoquent aussi bien sûr la foi de leurs grands-parents s’ajoutant à des liens privilégiés.
Des relations ou des rencontres personnelles donc mais aussi en groupe, vécues lors de grands rassemblements comme le Frat, le rassemblement jubilaire à Jambville, des pèlerinages à Sainte Anne d’Auray, Lourdes, Notre Dame du Laus, sur le chemin de St Jacques de Compostelle, mais aussi lors d’une fête organisée dans une paroisse, d’un Parcours alpha (souvent cité), dans des mouvements (scoutisme).
Par ailleurs, une scolarité dans l’enseignement catholique a laissé pour beaucoup une empreinte positive dans leur histoire.
Des évènements dans leur vie peuvent être aussi de véritables déclics dans ce chemin de foi : les plus douloureux comme les décès de très proches sont fréquemment mentionnés comme celui d’un premier enfant qui n’a pas eu de sépulture, le décès brutal d’un frère, d’un père, d’une mère, de grands parents, de l’ex conjoint, le suicide d’un ami, le suicide d’une maman, d’un oncle…
Ils vivent d’autres moments difficiles comme le divorce des parents : une catéchumène écrit à ce sujet : « J’ai vu mon père s’effondrer et changer, j’ai moi-même perdu une part de mon innocence et de celle que j’étais. Cette période m’a marquée mais elle a aussi ouvert en moi un appel intérieur, un besoin de trouver refuge auprès de Dieu. » ; comme aussi le placement dans un foyer d’accueil, la maladie, la dépression qu’ils ont pu traverser, des accidents, des abus (attouchements en 6ème), des addictions (drogue, alcoolisme), des relations amoureuses toxiques, des expérimentations du mal (pratiques occultes, profanations, prostitution),la naissance d’un fils avec des malformations, ou encore un échec de la première année de médecine.
Par ces épreuves, notamment la perte d’un proche, ils sont pour la première fois mis en lien avec l’Eglise lors la préparation des funérailles qu’ils peuvent faire seul, leur entourage s’y refusant.
Naturellement, c’est aussi par l’intermédiaire d’évènements joyeux significatifs des étapes de vie qu’ils découvrent une communauté paroissiale et ses différentes propositions : la préparation mariage qui les enthousiasme au cours de laquelle, dit l’un d’eux, il a fait « une véritable rencontre avec le Christ » ou bien, ajoute un autre « quelque chose s’est ouvert en moi », la naissance des enfants, la préparation de leur baptême, leur inscription au catéchisme, le mariage des parents quand leur fille (catéchumène) avait vingt ans, le baptême d’une sœur à l’âge adulte, une demande d’être parrain ou marraine; la confirmation d’une maman ou de quelqu’un dans l’entourage . Ainsi, pour l’un d’eux, « j’assistais à la confirmation d’un proche, le baptême n’était plus une simple envie, c’était une nécessité ».
De fait, la liturgie est une belle porte d’entrée vers quelque chose de nouveau qui leur était totalement inconnu. Là aussi, les occasions sont multiples : comme il l’a déjà été évoqué cela peut être la participation à un sacrement d’initiation chrétienne ou encore à une messe « ordinaire » ou une messe plus exceptionnelle telle qu’ une messe présidée par le pape François au Vatican, une messe de Noël pendant laquelle un catéchumène s’entend dire « enfin te voilà ! », la messe des Rameaux à Lisieux, une messe de Pâques, une messe à Conques, à l’abbaye de Jouarre… un catéchumène s’est senti « happé par les chants lumineux de la messe ». Les chants de louange, les chants grégoriens sont aussi fort appréciés.
A cela s’ajoutent des coutumes familiales telles que la crèche faite chaque année dans des familles athées ou éloignées de la foi ou des « rites » liés de près ou de loin à l’Eglise comme la bénédiction des Rameaux, d’une croix, allumer des cierges, les prières du Notre Père et du Je vous salue Marie …et même la joie simple d’entendre les cloches d’une église sonner !
Les églises en tant que monuments sont d’ailleurs régulièrement évoquées : plusieurs ressentent un attrait pour « les vieilles pierres » (mention spéciale pour St Pierre de Rome), ils aiment passer devant, les visiter, s’y recueillir, y prier « Je me suis toujours sentie apaisée dans ces lieux » peut-on lire à plusieurs reprises. L’art religieux à travers des représentations picturales ou des statues peut jouer un rôle déterminant dans leur désir d’être baptisé. Un catéchumène a été « saisi » par son face à face avec une statue du Christ.
Enfin, l’Esprit Saint agit encore par d’autres moyens :
- La lecture de La Bible (au moins deux d’entre eux l’ont pris par hasard dans une boite à livres), des évangiles (« J’ai renoué avec le Christ grâce aux évangiles »), des livres sur Jésus (ex celui de Jean Christian Petitfils sur le Jésus historique), de vies de saints (Thérèse de Lisieux, Don Bosco, Maximilien Kolbe) , des écrits des Pères du désert, des poètes soufis, des ouvrages philosophiques (Pascal, Jean Guitton), de la littérature (Chateaubriand, Dostoïevski), des livres sur l’histoire de France ;
- Les vidéos sur les réseaux sociaux (assez rare par rapport aux livres) ;
- Les affiches du catéchuménat rappelant qu’il est possible de devenir chrétien à tout âge ;
- Les rêves (par exemple le rêve du Christ qui s’est présenté dans une lumière éclatante, apparition de la Vierge Marie pendant le sommeil) ;
- Le rapport au monde avec l’arrivée dans un nouveau pays, dans une nouvelle ville, l’observation du monde et de la société souvent enrichie par une enfance, des voyages et des séjours dans d’autres pays dont ils peuvent être originaires (Japon, Brésil, Russie, Mexique, Cameroun, Congo, Pologne, Maroc) les interpellent également. Ainsi un catéchumène a été impressionné favorablement par le voyage du pape François à Marseille, un autre par la cérémonie d’ouverture des JO à Paris.
Une double culture familiale leur donne aussi une grande ouverture qui peut favoriser le choix de la foi catholique en toute connaissance de cause : l’un parle de la figure de son grand père prêtre anglican méthodiste, un autre de son grand père orthodoxe grec, certains sont issus de l’union d’un couple parental mixte (musulman/ chrétien, juif/ chrétien, protestant, évangélique).
Certes, il aurait été bien et utile de déceler quels facteurs à titre comparatif incitent le plus les personnes à demander à devenir chrétiennes. La tâche est cependant ardue car ces rencontres, ces évènements sont souvent concomitants et donc liés les uns aux autres. Si l’on repère des lignes communes dans tous ces débuts de cheminement, force est de constater que chaque histoire est unique et que, derrière chacune d’elle, il y a un appel très clair du Dieu trinitaire.
« Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » Jn 3, 8






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