COMMUNAUTÉ PAROISSIALE DE LA SAINTE TRINITÉ

Lettre de Mgr Luc Crepy aux catholiques des Yvelines

A la lumière de la pensée sociale de l’Eglise, quelques réflexions à propos des élections.

Nous voici à nouveau devant une échéance électorale majeure, dans un climat politique pesant et difficile. Beaucoup sont inquiets alors que notre pays semble s’engager dans une période complexe et tendue. Dans ces circonstances, il nous faut revenir à l’essentiel, garder le cœur en paix et cultiver le courage de la fidélité à nos convictions. Comme évêque de Versailles, je veux redire ma confiance aux catholiques des Yvelines et à tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui habitent notre département. 

Je vous fais part de quelques réflexions personnelles, en relisant le chapitre 8 du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église (1), qui nous rappelle avec clarté les principaux enseignements de l’Église sur la vie et l’engagement politiques. (Je vous invite vivement à le relire vous-même, avant de voter. Il est en libre accès sur le site du diocèse).

Notre responsabilité de citoyen : le chrétien ne peut se désintéresser du monde ni s’en désengager, quelle que soit la situation. Pour lui, le vote est non seulement un droit, mais un devoir. Les évêques et les prêtres ne sont pas là pour dicter votre vote – ce qui pourrait être vu comme une forme d’abus de pouvoir infantilisant – mais pour vous encourager à exercer vos responsabilités et vous rappeler les critères de discernement que propose l’Église pour éclairer votre choix. 

Accepter la complexité de la réalité politique : aucun programme n’est pleinement conforme à l’Évangile, aucun candidat n’est idéal. Il n’y a donc pas un vote unique qui serait « catholique » mais des catholiques qui votent en conscience. L’Évangile et la pensée sociale de l’Église nous sont donnés pour éclairer notre conscience et nous aider dans notre discernement. Quel candidat semble pouvoir servir au mieux le bien commun et une fraternité authentique ? Quel programme semble respecter et promouvoir au mieux la dignité de la personne humaine, et en premier lieu celle des plus petits, des plus fragiles et des plus pauvres ? Quel candidat semble exercer au mieux son engagement comme un service, avec la compétence que réclame sa charge, avec une certaine cohérence et fidélité, mais aussi une vraie liberté intérieure ? Le Cardinal André Vingt-Trois écrivait en 2012 : « Nous devons soigneusement distinguer ce qui relève de l’impossibilité de conscience et ce qui relève d’un choix encore acceptable, même s’il ne correspond pas totalement à nos convictions, parce que, alors, un bien, même modeste, reste réalisable ou peut être sauvegardé, en tout cas davantage que dans d’autres hypothèses. Il ne s’agit pas de se résigner au moindre mal, mais de promouvoir humblement le meilleur possible, sans illusion ni défaitisme, et simplement avec réalisme (2) »

Au cœur de la vie politique, le bien commun : le pluralisme politique est légitime chez les catholiques. Mais nous sommes unis dans notre désir de servir le bien commun à la lumière de l’Évangile. Nous pouvons faire des choix différents sur les moyens de servir ce bien commun. Ce pluralisme est un défi pour nos communautés paroissiales et même pour nos familles ou nos groupes d’amis. Il y a là aussi un témoignage à donner, alors que le débat politique est trop souvent conflictuel et marqué par l’agressivité : la volonté et la capacité des chrétiens à se retrouver, au-delà de leur choix politiques, pour réfléchir et dialoguer, pour prier et pour s’engager au service d’une plus forte amitié sociale. Il s’agit alors de refuser la peur et la violence, et demeurer des hommes et des femmes attentifs à reconnaître dans le visage de l’autre le visage d’un frère ou d’une sœur. 

Le beau défi de l’engagement politique : enfin, je veux redire mon profond respect aux femmes et aux hommes, croyants ou non, qui s’engagent en politique, et les assurer de l’estime que l’Église a pour cet engagement quand il est vécu comme un véritable service, respectueux de la vie et la dignité humaines et soucieux de la justice sociale. Ceci nous invite à prendre le temps de connaître chacun des candidats et de lire leur programme. Il nous faut résister à la tentation du rejet de la classe politique ou du mépris de nos élus. Le contre-exemple parfois scandaleux donné par certains ne doit pas faire oublier la générosité et l’authentique désir de servir, présent chez beaucoup. Soyons exigeants et vigilants avec nos élus mais cessons aussi de tout attendre d’eux. Soyons réalistes : la situation de notre pays est préoccupante par bien des aspects. Il faudra du temps et du travail pour la rétablir. Tout discours simpliste n’est pas à la hauteur de la situation. 

Quel que soit le résultat de ces législatives, les temps qui viennent ne seront pas faciles. Dans les tempêtes qui agitent ce monde, les chrétiens ne perdent pas l’espérance. Ils voient dans ces troubles un appel à une plus grande fidélité à la prière, à son devoir d’état, à ses divers engagements et à la solidarité au service des plus éprouvés. C’est dans ces temps inquiets qu’il nous faut apporter à notre société un « supplément d’âme » en servant la réconciliation, l’unité et la fraternité. Les gouvernements passent, mais la France demeure avec son histoire, sa culture, ses ressources spirituelles et humaines, qu’aucune crise ne peut faire oublier. C’est en y puisant que nous pourrons ensemble participer à bâtir cette vie commune, cette paix véritable fondée sur la justice et cette fraternité qui demeure au cœur de l’Evangile comme de notre devise républicaine. 

   Versailles, le 24 juin 2024, fête de la nativité de saint Jean-Baptiste,

+ Luc Crepy
Evêque de Versailles pour les Yvelines


(1) Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, le chapitre 8 « La communauté politique » :  https://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20060526_compendio-dott-soc_fr.html#HUITIÈME%20CHAPITRE.

(2) Cardinal André Vingt-Trois, Quelle société voulons-nous ? Univers Poche, 2012. 

1 Commentaire

  1. Bertrand DARGNIES

    Une belle intervention mais ce serait bien d’entendre nos Évêques EN DEHORS des périodes électorales car le désintérêt d’une majorité des chrétiens pour la politique à pour conséquence de laisser la place aux idéologies EXTREMISTES …

    Réponse

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