En ces jours de préparation de la messe chrismale, une publicité toute simple est passée sur les ondes et est venue résonner à mes oreilles : « Optimisez votre espérance de vie avec des huiles essentielles ! » L’espérance, la vie et l’huile semblent ainsi aller bien ensemble ! Et c’est le cas ce soir : dans notre liturgie chrismale, il y a trois huiles essentielles à la vie chrétienne : l’huile des malades, l’huile des catéchumènes et le Saint-Chrême. Et, tout au long de cette année jubilaire, nous essayons d’optimiser les dons que nous avons reçus de Dieu afin de devenir de plus en plus des pèlerins d’espérance… Optimiser notre espérance avec les trois huiles essentielles, tel pourrait être un bon slogan pour les réseaux sociaux en quête de formules choc pour inviter à la messe chrismale ! Ainsi ce soir, nous allons demander à Dieu de bénir les huiles que nous lui présentons afin qu’elles deviennent, pour tous ceux qui en seront marqués, des sources d’espérance. La messe chrismale, c’est une fontaine d’huiles d’espérance !
Parmi les sept sacrements, l’Onction des malades – avec le sacrement de la Réconciliation – est un des deux sacrements qui ouvre de manière très simple, très explicite et très forte un chemin d’espérance pour la personne qui est oint de l’huile des malades. C’est le sacrement du réconfort et de la guérison. C’est le sacrement où la miséricorde de Dieu, sa tendresse et sa force sont données à ceux qui souffrent, dans leur corps et dans leur esprit et qui vivent parfois une situation de désespoir et d’abandon. C’est le sacrement qui peut raviver l’espérance alors qu’il n’y a plus d’espoir. A Lourdes, lors du pèlerinage diocésain – que nous vivrons avec un certain nombre d’entre vous la semaine prochaine – la célébration de l’Onction des malades constitue un des grands temps forts, habité par la prière unanime des pèlerins entourant les personnes malades, porteuses de handicap ou âgées. Non loin de la grotte où Marie – Notre-Dame de l’Espérance – intercède et veille sur ses enfants venus la prier, c’est dans la confiance que tous implorent l’Esprit consolateur afin que l’onction d’huile soit une source d’espérance pour celui ou celle qui la reçoit. Ainsi dans quelques instants, nous demanderons à Dieu que cette huile des malades devienne par sa grâce, source d’espérance : « Que cette huile devienne par ta bénédiction l’huile sainte que nous recevons de toi, pour soulager le corps, l’âme et l’esprit des malades qui en recevront l’onction, pour chasser toute douleur, toute maladie, tout mal physique, moral et spirituel. »
La deuxième huile, que nous allons demander à Dieu de bénir, connaît aujourd’hui un grand succès et une forte demande dans nos paroisses (j’espère que notre cérémoniaire en a prévu suffisamment). Il s’agit, vous le devinez facilement, de l’huile des catéchumènes. Nombreux sont ceux et celles qui, actuellement dans notre diocèse et plus largement, découvrent Jésus et se mettent en route vers le baptême. Venant par des chemins si nombreux et si différents, l’Esprit Saint les a saisis. Il les conduit à la rencontre du Christ, lui, le Crucifié Ressuscité qui leur révèle la grande espérance des chrétiens, celle de la victoire sur le mal et sur la mort, et la bonne nouvelle de la vie éternelle. Dans notre diocèse, des centaines de catéchumènes, jeunes et adultes, ont été marqués par cette huile en leur disant – comme dans un film célèbre – « Que la force soit avec toi ! », la force de Dieu, bien sûr, pour vaincre en eux ce qui les empêche de se convertir à l’Evangile, pour trouver l’énergie nécessaire de ne pas désespérer de leurs fragilités ou de péchés, mais pour avancer confiants, avec d’autres, dans leur itinéraire vers le baptême. Marqués de l’huile des catéchumènes, ceux-ci en se préparent à recevoir la grande onction du baptême et de la confirmation. L’huile des catéchumènes nous redit que Dieu ne cesse d’appeler aujourd’hui des hommes et des femmes à découvrir combien Il les aime et combien Il les accompagne sur le chemin de la foi. C’est l’huile de la croissance, l’huile de la joie dont parle le prophète Isaïe, l’huile qui brûle dans leurs cœurs pour les éclairer dans leur découverte de l’Evangile et pour marcher vers le Christ, lui qui est le Chemin, la Vie et la Vérité.
Ainsi, au cours de la prochaine veillée pascale et du dimanche de la Résurrection, près de 700 jeunes et adultes seront baptisés dans les paroisses des Yvelines. Par endroit, ce sera jusqu’à 30 catéchumènes qui plongeront dans les eaux du baptême. Tous, ils seront alors marqués par le Saint Chrême, l’huile « qui fait les chrétiens » c’est-à-dire des hommes et des femmes consacrés à la suite du Christ, le Consacré du Père qui a reçu en plénitude l’Esprit, comme Jésus le proclame à la synagogue de Nazareth, avec les paroles du prophète Isaïe qui s’accomplissent avec lui : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » (Lc 4,18) Baptisés, confirmés, marqués par l’huile sainte et parfumée du saint Chrême, que nous allons demander à Dieu de bénir ce soir, nous devenons ces pèlerins d’espérance capable de témoigner, ensemble, dans notre monde déchiré et souvent désespéré, d’une espérance qui ne déçoit pas. Baptisés, confirmés et communiant au Christ ressuscité, nous sommes appelés à être des signes d’espérance autour de nous, comme nous y invite le pape François : « Nous devons “déborder d’espérance” (cf. Rm 15, 13) pour témoigner de manière crédible et attrayante de la foi et de l’amour que nous portons dans notre cœur ; pour que la foi soit joyeuse, la charité enthousiaste ; pour que chacun puisse donner ne serait-ce qu’un sourire, un geste d’amitié, un regard fraternel, une écoute sincère, un service gratuit, en sachant que, dans l’Esprit de Jésus, cela peut devenir une semence féconde d’espérance pour ceux qui la reçoivent.(1) »
Avec ce renouveau catéchuménal qui traverse l’Eglise aujourd’hui, la messe chrismale prend une dimension toute particulière, et sans doute nouvelle. Nous voyons se profiler les catéchumènes à qui ces huiles sont destinées, avec leurs visages et leurs itinéraires de vie, avec leurs joies et leurs peines, mais surtout avec l’espérance qui les anime et qui interpelle nos communautés et notre diocèse. Nous prions aussi avec les néophytes qui ont été baptisés récemment et qui viennent renouveler la vie de nos communautés. Ainsi, les huiles saintes sont appelées à ruisseler sur ceux qui, aujourd’hui nombreux, frappent à la porte pour suivre la lumière du Christ ; sur ceux qui, nombreux aussi, cherchent le réconfort et le trouve dans la consolation des malades. Une Eglise catéchuménale est une Eglise qui vit dans l’espérance car elle ne repose pas sur elle-même mais sur le souffle de l’Esprit, la force du Christ ressuscité et sur la miséricorde inépuisable Père envers tous, et surtout les plus petits. Amen !
Luc Crepy, évêque de Versailles
Messe chrismale du 16 avril 2025
(1) Bulle d’indiction 2025 – Spes non confundit – §18.




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