Nous avons tous « la mort aux trousses ». Elle nous rejoindra tous un jour. Elle rejoint déjà nos proches. Personne n’y échappe, quel que soit son statut social, sa religion, ses goûts, sa richesse… C’est une donnée anthropologique fondamentale. La mort, c’est sérieux ! Elle peut être paisible ou douloureuse, mais c’est une affaire grave. Nul ne peut savoir à l’avance comment on se comportera quand elle frappera à notre porte. Le « Dialogue des Carmélites », œuvre magistrale de Bernanos que tout le monde devrait avoir sur sa table de chevet, nous prémunit contre toute prétention, toute fanfaronnade… Si à la fin du Je vous salue Marie on dit « et à l’heure de notre mort »… c’est bien parce que, à ce moment-là, va se jouer quelque chose d’essentiel où dans la grande solitude, il est bon d’être bien accompagné. Et si on invoque Saint Joseph comme patron de la bonne mort, c’est parce qu’il est bon de désirer bien mourir.
Puisque la mort, c’est sérieux, il ne convient pas qu’on joue avec. Il convient qu’on puisse s’appuyer non sur des mensonges mais sur la vérité de la vie. Au moment de ma mort, je n’ai pas envie qu’on me mente. Qu’on me dise que tout ira bien, qu’on me fasse prendre des vessies pour des lanternes. Je veux qu’on me dise la vérité de ma vie. On ne respecte pas la dignité de quelqu’un en lui mentant.
Or c’est pourtant vers le mensonge que nous allons. Certains des défenseurs du projet de loi sur la fin de vie nous disent que provoquer la mort, c’est permettre une mort naturelle, et que donc en aucun cas on ne va briser le tabou ultime de la civilisation : l’interdit de tuer. Certains induisent que mourir dans la dignité s’accommode d’une logique qui revient à dire « tu n’es plus digne de vivre ». Dans ces discours tous les termes sont faussés pour éviter de poser un juste discernement. On joue sur les mots, pour mieux jouer avec la mort.
Sur notre site internet une page va être dédiée à ce sujet. Vous y trouverez un lexique qui pose des mots sur des réalités, sans fard, sans travestissement, pour que chacun puisse dire en vérité ce qu’il souhaite.
Je souhaite en tout cas que jamais la loi ne me dise « tu as le droit d’en finir »… Peut-être entendrai-je les sirènes de la mort provoquées et me sentirai-je attiré par elles mais je veux deux choses : 1) Que la loi, comme les cordes qui retiennent Ulysse au mât du navire, m’empêche de céder à ma peur et continue de me dire « vis » plutôt que « meurs ». 2) Je veux être accompagné par des personnes qui jamais ne me diront que ma vie ne sert à rien, que ma vie est un poids, que ma vie coûte cher et que c’est rendre service à tout le monde que de m’éclipser poliment. Dans le bon film « plan 75 », primé à Cannes, c’est pourtant ce qui est induit. On fait comprendre à des « vieux » que ça serait généreux de ne plus être là… et on leur offre une prime pour qu’ils consentent à partir. D’une pierre deux coups, ils rendent un service à la société et ils font un geste d’amour en offrant la prime à leurs petits-enfants… Un film ?? Hélas déjà au Canada, on va vers cette pensée que les vieux coûtent chers et que… !
A ma mort, je ne veux pas quelqu’un à mes côtés qui aura une « licence to kill », un 007 ou peu importe le numéro qui aura le droit, voire le devoir de me tuer… je veux quelqu’un qui me dira « vas, vis et deviens », quelqu’un qui me dira que jusqu’au bout je peux être vivant… en aimant et en me laissant aimer. Être trouvé vivant à l’heure de sa mort, voilà le défi ! relevé dans l’amour.
Dans le film « the good lie », il y a bien un mensonge à la fin mais un mensonge pour choisir la vie… un mensonge qui n’a pas pour but de cacher la vérité, mais de faire advenir la vérité et avec elle la vie. Dans un autre film « une belle fin », un homme qui s’occupe des morts dans la solitude, met toute son énergie, à donner du sens à la vie des morts. Car le plus grand des drames est de nous faire croire que la vie n’a pas de sens et que la dignité de la vie c’est la mort.
Je n’ai pas besoin d’un « ascenseur pour l’échafaud », mais de quelqu’un qui me dise « la vie est belle » car c’est la vérité.
La vie n’est pas un film… mais il reste vrai que « tuer n’est pas jouer »… et face à ceux qui cultivent des idées de mort, je préfère « vivre et laisser mourir » paisiblement avec quelqu’un qui me dise « Donne-moi la main ».
Robert Badinter n’est plus là pour nous rappeler que la vie est un bien inaliénable. A nous de prendre la suite pour réveiller nos décideurs, soutenir les soignants dont la conscience ne sera pas respectée, et demander de vrais accompagnements en soins palliatifs. Car il n’y a pas que dans la Bible qu’il est écrit « tu ne tueras point ». C’est écrit dans le mystère de l’homme.
Benoît+



Tout à fait d’accord apres 38 ans de mobilisation en tant qu’infirmiere libérale à Fourqueux 🙏
Nathalie LAUGERY
Merci Père Benoît pour ces paroles pour la vie! La vie jusqu’au bout, même si pour certains elle peut être difficile, très difficile. De nombreux aidants,de très nombreux soignants font un travail extraordinaire pour accompagner la vie jusqu’au bout. Soutenons les ! Écrivons à nos députés pour le leur dire, à l’exemple de notre évêque.
Ah cher père..c’est si vrai pour moi, si bien ecrit que je voudrais le faire lire, si profond que tu me relèves lorsque je crains d’être seule à penser ainsi … Sois beni et longue vie.